Vers une société inclusive

Vers une société inclusive

Notre Constitution fédérale précise d’emblée que tous les êtres humains sont égaux et que nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de son sexe, de son âge, de ses convictions religieuses ou politiques ni du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique. Pour s’en assurer, des lois comme la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes (LEg) et la loi sur l’égalité pour les handicapés

(LHand) ont été adoptées. Et pour garantir que tous ont vraiment les mêmes possibilités et que personne n’est discriminé, il faut, d’une part, que ces lois soient régulièrement révisées en fonction des nouvelles circonstances et, d’autre part, que la société civile soit sensibilisée à l’importance de ces questions. Le premier point semble relativement simple à réaliser, du moins s’il y a une volonté politique correspondante. Le second présuppose par contre un changement radical dans notre société, qui doit se départir de considérations obsolètes et erronées sur les personnes en situation de handicap. Au cours de la législature qui prend fin, le Parlement a traité un dossier important à ce sujet: la réforme des prestations complémentaires (PC). Après trois années de débats et de navettes entre le Conseil national et celui des États, il a été renoncé aux importantes coupes redoutées, grâce aussi à l’engagement de groupes d’intérêt en faveur des personnes concernées. La réforme prévoit désormais l’augmentation tant attendue des montants maximaux pour les loyers. Cette augmentation améliore la situation souvent précaire de nombreux bénéficiaires de PC – aujourd’hui, près de la moitié des rentiers AI touchent des PC.

L’initiative «No Billag», qui visait à renoncer aux redevances de réception, a aussi suscité de vifs débats publics. Ce sujet était très important pour les personnes en situation de handicap sensoriel. Cette redevance permet en effet aux médias titulaires d’une concession de proposer de nombreuses émissions sans barrières. Il en allait également de la démocratie: des émissions d’information de qualité à la radio et à la TV sont essentielles pour les citoyennes et citoyens en situation de handicap sensoriel, car elles doivent pouvoir s’informer pour exercer leurs droits démocratiques. Cette initiative a été clairement refusée, comme le recommandaient le Conseil fédéral et le Parlement, ce qui est un signal fort en faveur d’une société solidaire.

L’initiative pour l’autodétermination, qui prévoyait la primauté du droit suisse sur le droit international, a aussi été traitée. De prime abord, elle n’avait pas grand-chose à voir avec les droits des personnes en situation de handicap. Accepter cette initiative aurait toutefois entraîné la résiliation de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), qui garantit certains droits fondamentaux tels que la liberté d’opinion, l’interdiction de la discrimination et la protection des minorités. La CEDH protège par conséquent aussi les personnes en situation de handicap. Le peuple suisse a aussi été clairvoyant à ce sujet: il a refusé cette initiative et signifié ainsi son attachement au respect des droits fondamentaux de chacune et chacun.

Il ne s’agit cependant pas de réels progrès, mais simplement de décisions qui ont empêché un recul. Le besoin de rattrapage concerne de nombreux domaines: la reconnaissance, aussi sur le plan financier, de la prise au charge et de l’aide aux personnes concernées, l’accès sans barrières à l’espace et aux transports publics ainsi que la manière dont les nouvelles technologies peuvent être utilisées pour permettre à toutes et tous de participer à la vie sociale et professionnelle. Au cours de la prochaine législature, les milieux politiques doivent donc aborder les nombreux défis à relever pour parvenir à une société inclusive et égalitaire, telle que la prévoit notre Constitution.

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