Les femmes en politique et dans le discours public – Conseil de l’Europe

Les femmes en politique et dans le discours public – Conseil de l’Europe

Les femmes en politique et dans le discours public

Quel rôle peuvent jouer les parlements nationaux dans la lutte contre l’augmentation du harcèlement et du discours de haine à l’égard des femmes politiques et parlementaires ?

 

Madame la Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe,
Chères et chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Cette année, la question de l’égalité des chances est plus que jamais d’actualité dans le monde entier, preuve en est le choix du thème de la discussion d’aujourd’hui. Le mouvement #metoo, le « women’s march », la « huelga feminista » en Espagne, les manifestations pour la dépénalisation de l’avortement en Pologne n’en sont que quelques illustrations. Dans mon pays, la Suisse, les choses bougent également : les disparités qui persistent encore dans divers domaines ont poussé des collectifs féministes, des partis et des syndicats à organiser une deuxième grève nationale des femmes. Le 14 juin 1991, une première grève avait déjà eu lieu. Un demi-million de femmes, sur une population suisse de sept millions d’habitants au total, étaient descendues dans la rue pour revendiquer leurs droits. Cette mobilisation sans précédent avait décidé le monde politique à agir et à approuver la loi sur l’égalité entre femmes et hommes. Il y a quelques mois, le 14 juin 2019, a eu lieu la deuxième grève des femmes, et cette fois encore, des centaines de milliers de femmes ont participé à cette journée placée sous le signe de l’égalité. Un événement transversal auquel toutes les générations ont participé. Une participation massive qui était de bon augure pour les élections fédérales qui se sont tenues dimanche dernier : 42 % des personnes élues à l’occasion du renouvellement complet des deux chambres du Parlement sont des femmes – un record. Un pas important vers un Parlement paritaire, qui se montre sensible à la question de l’égalité des chances et qui donne aux femmes la place qui leur revient en politique, afin qu’il soit possible de trouver des solutions conjointes et représentatives de la société.

 

La sous-représentation des femmes en politique et aux postes de direction du monde de l’économie n’est que l’une des raisons qui ont poussé nombre de femmes – et d’hommes solidaires – à s’engager activement pour une société plus égalitaire ; à cela s’ajoutent l’absence d’égalité salariale, les difficultés à concilier vie de famille et vie professionnelle, les stéréotypes discriminatoires, encore largement répandus, ainsi que le harcèlement et la violence envers les femmes. Contrairement aux autres raisons mentionnées, le harcèlement et la violence constituent une sorte de tabou social et sont par conséquent trop souvent minimisés et ignorés. Voilà pourquoi les études telles que celle qui a été présentée il y a près d’un an par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et de l’Union interparlementaire sont si importantes. Elles permettent de quantifier un phénomène et de mettre noir sur blanc des chiffres face auxquels on ne peut plus fermer les yeux.

 

Menaces, harcèlement, violences verbale, psychologique, physique et sexuelle sont malheureusement une réalité pour beaucoup – trop – de femmes, au Parlement et ailleurs. Et c’est particulièrement le cas en politique, où l’on échange et confronte des idées, des positions et des valeurs. Une confrontation dans le cadre de laquelle trop de personnes n’arrivent pas à rester courtoises, préférant le dénigrement à la contre-argumentation. Le phénomène n’a fait que s’amplifier avec l’avènement des réseaux sociaux : il suffit désormais de quelques clics pour critiquer, dénigrer, attaquer et menacer une personne en raison de ses positions politiques. Bien évidemment, les hommes qui font de la politique sont eux aussi critiqués sur les réseaux sociaux. Toutefois, la violence – souvent avec une connotation sexuelle – est beaucoup plus fréquente à l’égard des femmes, comme le montrent plusieurs études.

 

Un tel appauvrissement du débat politique nuit profondément à la démocratie et nous oblige à réagir : il nous incombe, en tant que parlements nationaux, d’intervenir et de veiller à ce que chacun puisse participer activement à la vie publique sans devoir craindre pour son intégrité physique. Il est de notre devoir d’envoyer un message clair de tolérance zéro à l’égard du harcèlement, des menaces et de la violence, en soutenant par exemple la campagne de sensibilisation « Non, c’est non ». Il est par ailleurs essentiel de renforcer les offres de conseil, dans l’espoir d’augmenter ainsi le nombre de plaintes, qui est nettement inférieur à celui des incidents ayant effectivement lieu. Outre les stigmates de la violence, les femmes qui ont été victimes de tels actes portent souvent en elles un sentiment de culpabilité et de honte. Des sentiments provoqués et alimentés par une société encore trop patriarcale, qui insuffle aux femmes un sentiment d’infériorité et de devoir. Ou qui les fait culpabiliser pour leur manière de s’habiller ou leur comportement, leur inculquant l’idée que l’homme est victime de leur séduction et ne peut résister à ses instincts. Une vision erronée qui a la vie dure, mais dont il faut parler pour la dépasser.

 

Fin 2017, un centre de conseil a été créé au Palais fédéral – le siège du Parlement suisse – pour les femmes parlementaires, qui ont ainsi la possibilité de s’adresser à un spécialiste pour savoir que faire en cas de harcèlement. Bien qu’aucune demande n’ait été adressée au centre au cours de sa première année d’existence, je suis d’avis que cette offre de conseil a un effet préventif, raison pour laquelle nous avons décidé de la prolonger et de l’étendre aux cas d’attaques sexistes sur Internet. En tant que présidente du Conseil national, j’ai contribué à la création et au maintien de ce service. Je suis fière de m’associer ainsi avec détermination à la campagne #PasDansMonParlament.

 

Toutefois, je pense que pour combattre la violence envers les femmes, il faut s’attaquer à la racine du problème, en luttant contre les disparités entre les sexes dans tous les domaines de la société. Car la violence à l’égard des femmes n’est qu’un symptôme de notre société patriarcale : tant que les femmes seront discriminées et désavantagées au niveau structurel, elles continueront d’être victimes de violence. Ce n’est pas pour rien que la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique reconnaît, dans son préambule, que « la réalisation de jure et de facto de l’égalité entre les femmes et les hommes est un élément clé dans la prévention de la violence à l’égard des femmes ». Or ces comportements inacceptables deviennent un obstacle supplémentaire à la participation des femmes à la vie politique – comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment. Une faible participation qui alimente à son tour la spirale de violence, envoyant le signal que le Parlement n’appartient pas aux femmes, que les femmes ont moins à dire que les hommes concernant le bien commun, que les femmes sont moins compétentes et qu’elles méritent moins de représenter leurs concitoyennes et concitoyens au sein des institutions démocratiques. On véhicule l’idée que les femmes valent moins que les hommes et que, par conséquent, le mépris, les menaces et le harcèlement dont elles font l’objet sont en quelque sorte justifiables. Ce sont des formes différentes de discrimination, mais qui sont liées entre elles.

 

C’est pourquoi il est à mon sens particulièrement important de briser le tabou et le silence qui entourent le harcèlement et les violences de genre. Le paradoxe est que les femmes qui osent critiquer la violence à l’égard des femmes et en analyser les causes risquent elles-mêmes d’être victimes de violence. Le moment est venu de rompre ce cercle vicieux, en parlant du phénomène, en l’analysant et en le combattant ouvertement, car même si ces attaques sexistes sont dures et ne nous laissent pas indifférentes, elles ne nous réduiront pas au silence et ne nous empêcheront pas de nous engager pour une société plus égalitaire, dans laquelle toute opinion mérite d’être respectée.

 

Pour terminer, je tiens à vous témoigner toute ma reconnaissance pour votre engagement résolu en faveur de la lutte contre la violence et les discriminations à l’égard des femmes et à vous remercier de m’avoir invitée à m’exprimer ici aujourd’hui. Ce n’est qu’en unissant nos forces, en dépassant les clivages politiques et nationaux, que nous parviendrons à faire entendre nos voix et à édifier une société véritablement égalitaire.

 

Chères et chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Je suis convaincue que nous avons beaucoup à apprendre les unes des autres, les uns des autres, et surtout les unes et les uns ensemble. Je suis impatiente d’entendre vos contributions. Merci beaucoup !

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